Il y a trois semaines environ, coup de fil du CHU. Mon interlocutrice se présente : psychologue habilitée à faire passer les tests de diagnostic de l'autisme. "- Le docteur D m'a dit que vous souhaitiez avoir un diagnostic pour votre fils". Waouw ! Je ne m'attendais pas à une réaction aussi rapide après le dernier bilan (cf article Rentrée 2015-2016). Je suis tellement habituée à ce qu'ils me fassent traîner et ne prennent en considération mes suggestions qu'après mûres réflexions... La "menace" d'un diagnostic par le CRA pourrait-elle justifier cet empressement ?... Oui, oui, je confirme ma demande, plutôt deux fois qu'une.

A la question maintenant rituelle "Pourquoi ?", ma réponse (je pense qu'une évaluation de ses difficultés et de ses capacités sur une certaine échelle permettrait de lui apporter une aide plus adéquate sans entretenir un assistanat inutile) semble la satisfaire.

"- Le docteur D m'a parlé d'un autisme de haut-niveau (ah bon ? J'aurais bien aimé qu'il m'en parle à moi aussi !), c'est un peu spécial, cela demande des tests plus poussés, notamment des tests de QI. Seriez-vous d'accord pour qu'il les passe ?" Oui, oui, je suis d'accord pour tout. Ma réticence pour ce genre de tests (cf article QI) est depuis longtemps balayée par la nécessité d'obtenir un diagnostic fiable.

Nous convenons donc de lui faire la totale.La première étape pour le diagnostic est l'ADI (Autism Diagnostic Interview). Ma présence est indispensable. Heureuse coïncidence, je suis en arrêt maladie. Elle me propose un rendez-vous entre midi et deux, heures de sorties autorisées. Elle verra F pendant les vacances scolaires afin de lui éviter de manquer davantage de cours. Très, très bon point pour elle...

En fait, je ne sais pas très bien si le test auquel j'ai participé était l'ADI ou l'ADI-R. On vous dira que dans les deux cas, il s'agit d'un entretien semi-structuré, c'est-à-dire, partant de questions précises dont les réponses sont cotées par l'examinateur mais laissant le dialogue ouvert, ce qui permet de nuancer l'évaluation. Les questions portent surtout sur la période des 4-5 ans. Aïe, dur, dur, l'ADI pour un ado. A la fuite des souvenirs vient s'ajouter un problème de taille : je suis mauvaise observatrice et encore plus mauvais juge. J'explique que, bien que cela fasse doucement rigoler le docteur D, j'estime avoir moi-même des traits autistiques qui m'ont empêchée de déceler la moindre anomalie dans le comportement de mon fils que tous s'accordaient à trouver anormal depuis sa petite enfance, que, malgré les exhortations répétées de mon entourage et de ses professeurs, je ne me suis décidée à ouvrir les yeux que quand j'ai réalisé qu'il en souffrait. Oh surprise ! Elle ne me rit pas au nez et loue ma motivation.Elle m'explique à son tour que son but n'est pas d'apporter des réponses aux inquiétudes des parents ou aux exigences des professeurs mais bien de tenir compte de la personnalité de l'enfant et de sa souffrance éventuelle.

L'entretien dure presque deux heures dans de très bonnes conditions (pour moi. Elle, sera contrainte à pointer de nombreuses réponses de gros points d'interrogation). Sont abordés les étapes du langage, de l'imitation, du jeu, les autres façons de communiquer (regard,mimiques, gestes), l'envie de communiquer, les rituels, les stéréotypies, les intérêts restreints (ceux de mon fils sont trop communs pour être considérés comme tels, elles les qualifie plutôt de "passions"), son aptitude à partager, l'hypersensibilité des sens... Je ne veux pas vous ennuyer en vous rapportant tout ce qui s'y est dit mais cette journée est à marquer d'une croix blanche pour moi :

Je dois avouer que, même si l'on ne s'est pas gêné de critiquer ma façon de percevoir et d'éduquer mon fils, je n'ai jamais été vilipendée, à l'instar de nombreux parents, par les professionnels. Pourtant, c'est la première fois que l'on me dit que, non, mon respect de sa différence ne l'a pas limité ni incité à végéter mais, au contraire, lui a donné l'envie et la force de communiquer. C'est tout juste si elle ne m'a pas félicitée. Cela s'apparente, pour moi, à un petit miracle que je n'attendais plus.

Alors, une fois n'est pas coutume : Bravo et merci le CMP !