Un récent échange de posts, articles de blogs et commentaires sur facebook m'a fait littéralement bondir par sa virulence. Je ne suis pas encore diagnostiquée, peut-être ne le serai-je jamais... Je ne considère pas cela comme une tare. Je ne suis pas attachée aux diplômes (je n'en ai aucun), aux mots (tels la dénomination "Syndrome d'Asperger" vouée à disparaitre), aux notes (bientôt on constituera des groupes suivant son degré sur une échelle des TSA !)

J'ai défendu les groupes réservés aux Asperger, pas dans un esprit d'exclusion mais de protection, dans ces termes : " Nous pouvons tous comprendre la cécité mais qui peut mieux comprendre un aveugle qu'un autre aveugle ?" Si demain je me voyais renvoyée d'un groupe pour absence de diagnostic officiel, ma foi, j'assumerais et je l'accepterais.

Le syndrome d'Asperger est à la mode en ce moment, comme l'a été dans son temps, la bipolarité. Tant de gens se cherchent qu'on ne peut pas leur en vouloir de s'identifier à un syndrome qui n'est peut-être pas le leur. Je ne parle évidemment pas de ceux qui l'utilisent à des fins moins nobles. Devant la recrudescence des demandes de diagnostic, il y a fort à parier qu'il y aura beaucoup de faux positifs comme de faux négatifs. Moi-même, si j'ai vécu, à une période, cette demande comme une urgence, c'est que je me suis tellement suradaptée que je me disais que seule ma mère pourrait attester de ma véritable personnalité. Vite, vite, la faire témoigner tant qu'elle était en vie ! Après réflexion, j'ai trouvé ça profondément amoral. Je suis moins pressée à présent. Je n'ai rien à prouver à personne. Je suis...Moi.

Au-delà de ma découverte du SA, c'est surtout le concept de neurodiversité qui reste important pour moi. Même si je me sens plus spontanément à l'aise en compagnie d'aspis que de neurotypiques, je n'écarte pas ces derniers pour autant. Je sais maintenant que nous ne parlons pas exactement le même langage et j'en tiens compte.

Dans ce blog, je partage mes petites difficultés et bonheurs du quotidien. Il s'adresse autant aux personnes neurotypiques qu'autistes. Aux premières, je souhaite qu'il contribue à leur ouvrir l'esprit, à leur montrer que si leur fonctionnement reste majoritaire, il n'est pas forcément le seul bon. Aux secondes, qu'elles se reconnaissent par certains côtés et que cela les aide à avoir davantage confiance en elles. On pourra toujours contester ma légitimité à le faire. Que m'importe,! Si mon but ne sera atteint que pour quelques uns, j'aurais apporté ma pierre à l'édifice. Car il s'agit bien d'une construction à laquelle nous devrions tous nous atteler au lieu de disperser notre énergie dans des querelles de clocher.

L'ennemi n'est pas le neurotypique, ni celui qui se dit autiste sans l'être, ni le parent démuni qui ne comprend pas le fonctionnement de son enfant et auquel on jette la pierre parce qu'il ne parvient pas à le faire entrer dans le moule, ni le personnel éducatif ou soignant qui essaie d'analyser des symptomes sans avoir la moindre notion de l'autisme... L'ennemi, c'est l'ignorance. S'il y a un combat à mener, c'est bien contre elle.

On ne peut pas critiquer le manque de formation des professionnels, se sentir victime de préjugés, souffrir d'être incompris, se plaindre qu'on ne nous apporte pas une aide adéquate et en même temps se fermer hermétiquement au monde des neurotypiques par un péremptoire "- Tu ne pourras jamais me comprendre, tu n'es pas autiste".

L'autisme m'explique mes décalages, mes difficultés; mes réactions et mes réflexions différentes des normo-pensants. Mais il ne me résume pas.

Quand je vois des gens bien intentionnés, qui cherchent véritablement à apprendre, à comprendre, se heurter à un sectarisme primaire, cela me révolte autant que ceux qui dénigrent les autistes en refusant de tenir compte des particularités de leur fonctionnement.

Je sais que je m'expose à de vives critiques en partageant cet article. Mais même si la phrase"qui peut mieux comprendre un autiste qu'un autre autiste" reste vraie, je considère que nous sommes tous concernés par l'autisme.