Fille de journaliste et ayant écrit moi-même pour la presse, j'en ai compris très tôt les limites et la puissance. Mon père m'a initiée aux arcanes de ce pouvoir médiatique. Il m'a appris comment on pouvait faire d'un incident une tragédie, d'une petite victoire, un évènement. J'ai souvent déploré qu'il soit plus utilisé comme instrument de propagande que d'information et vite déchanté quant à la fameuse liberté d'expression dont il devait être le symbole. On a tronqué, censuré ou refusé certains de mes écrits parce qu'ils étaient qualifiés de " trop de gauche", d'autres parce que "trop de droite", connotations qui n'existaient que dans l'interprétation des censeurs. Bref, l'uniformisation et la tiédeur politiquement correcte du monde journalistique m'en ont dégoûtée il y a longtemps déjà.

Pourtant, une poignée d'irréductibles Gaulois (certains ont choisi, en effet, de faire passer leurs idées irrévérencieuses par la gauloiserie) fait exception à la règle. On peut choisir d'adhérer ou pas à ce genre de canard, on peut choisir d'en rire ou de rire avec lui, on pouvait même, jusqu'à hier, 7 janvier 2015, choisir d'y être indifférent...

Aujourd'hui, on ne peut que constater le massacre. Un massacre d'êtres humains, d'idées, de libertés. Il aura donc fallu un drame pour que le monde prenne conscience du danger de l'intolérance extrémiste. Il aura fallu des meurtres pour faire taire des voix qui ne se laissaient pas baillonner. Le monde pleure aujourd'hui cette démonstration de violence et de lâcheté. Les confrères des victimes,muets hier, crient à l'indignation aujourd'hui. Mais demain ? Qui prendra le relais de ces représentants de l'esprit frondeur et insolent qui a fait un temps la réputation des Français ? Qui remplacera ces empêcheurs de se radicaliser tranquille ? Les premiers moments d'émotion passés, allons-nous les laisser tomber dans l'oubli ou les ériger en martyrs ?

Ce blog n'a pas pour but de me permettre de m'épancher sur les actualités mais ayant fait mienne la phrase "je ne suis absolument pas d'accord avec vos idées mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez les exprimer" attribuée à Voltaire, j'ai été profondément choquée par cet attentat.

Fermement apolitique, je tiens par cet article à rendre hommage à ceux qui osent utiliser leur droit le plus fondamental : celui à la différence et au respect de celle-ci.