"Le trac est un sentiment d'appréhension irraisonnée avant d'affronter le public, d'entrer en scène. Pour certains comédiens, c'est un stimulant utile qui les aide à jouer sur scène" nous dit Wikipedia.Tout le monde a été confronté à ce symptôme d'angoisse au moins une fois dans sa vie. Ce, dès l'enfance, les spectacles scolaires en donnant souvent une première occasion. Suées, nausées, tremblements de la voix ou du corps, serrement du larynx ou de la cage thoracique, paralysie partielle ou totale... et surtout grosse bouffée interne de stress.

Je n'ai pas trouvé de meilleur moyen de comparaison afin de tenter de vous expliquer mes problèmes de communication au quotidien :

Imaginez... Imaginez que le trac vous accompagne dans chaque acte de votre vie courante. Acheter une baguette à la boulangerie, demander un renseignement, faire connaisssance avec de nouvelles personnes deviennent des épreuves que vous fuyez. Quand vous vous perdez, ce qui vous arrive régulièrement (vous êtes une femme, autiste de surcroît), vous préférez tourner pendant des heures que demander à quelqu'un de vous orienter. Vous militez pour le commerce équitable, pour la sauvegarde des petites entreprises, contre la montée en puissance des grands groupes mais vous faites toutes vos courses en grandes surfaces pour ne pas avoir à adresser la parole au petit commerçant que vous défendez. Quand vous ne pouvez l'éviter (exemple, mon buraliste), vous apprenez à le connaitre, à être de plus en plus à l'aise avec lui. Arrive la période des vacances estivales. Votre buraliste ferme quelques semaines pour prendre un repos bien mérité. Du coup, vous êtes perdue, et il vous faut tous les symptômes d'une droguée en manque pour vous donner l'audace d'aller vous fournir en nicotine ailleurs. Vous faites des efforts pour élargir votre cercle de connaissances, Parce qu'il s'agit de la famille ou des amis de votre bien-aimé, parce que vous voulez donner l'exemple à votre progéniture et vous rapprocher des parents de ses (éventuels) (futurs) copains... parce que, tout simplement, vous n'habitez pas sur une île déserte et que la perspective d'une vie sauvage avec votre Vendredi de fils ne vous réjouit guère. Vous vous rendez donc à des invitations, des réunions, pleine de foi et d'espérance. Mais la charité n'est pas la première vertu de la société. Vous vous mettez la pression toute seule. Le trac vous fait perdre tous vos moyens, vous ôte votre sens de la répartie, vous bloque la gorge. Ce qui parvient à s'en échapper vous parait hors de propos ou même inepte. Vos expériences précédentes vous ont démontré que plus vous vous forcez à parler, plus vous multipliez les occasions de faire des gaffes. Heureusement, vous êtes une femme, vous misez donc tout sur votre tenue (si, si le "sois belle et tais-toi", ça marche encore !).Votre maladresse naturelle ne vous aide pas. Vous vous prenez les pieds dans le tapis, au propre comme au figuré. Vous vous observez avec un regard extérieur et vous êtes consternée. La représentation a été, une fois de plus, lamentable. Pour les autres spectateurs, vous passez pour quelqu'un d'hautain ou d'inintéressant; pour un psy, pour une personne atteinte du "trouble de la personnalité évitante"...

A contrario, vous semblez vous débrouiller beaucoup mieux que la plupart des gens dans les situations où avoir le trac serait justifié. C'est logique. Etant soumise à un stress quasi permanent, vous, vous en avez l'habitude. La violence vous fait horreur, l'injustice vous révolte, la mauvaise foi vous fait sortir de vos gonds, vous ne supportez pas l'étroitesse d'esprit ni les préjugés?  Tout vous déstabilise et vous inquiète mais rien ne vous impressionne vraiment ? Vous avez toutes les qualités requises pour être une digne représentante des minorités ou l'agent d'accueil au service des plaintes et pleurs. Pas étonnant qu'on vous prenne pour le Robin Des Bois ou l'assistante sociale de service. Bien que ça vous épuise et vous agace même parfois, vous aimez ça. Parce que ce sentiment d'être utile vous permet de dépasser l'angoisse qui vous paralyse habituellement. Parce que ce que vous n'êtes pas capable de faire pour vous, vous y arrivez pour d'autres. Paradoxalement, vous qui passez le plus clair de votre temps à tenter de passer inaperçue, on vous retrouve en première ligne dans les manifestations. Parce qu'il vous est plus facile de répondre à une demande que d'en formuler une. Parce qu'être la figure de proue, porter le panache blanc qui rallie vous dispense d'aller vers les autres. Ce sont eux qui viennent à vous...

On vous dit de vous forcer, de ne pas vous écouter ("- M'enfin, c'est quand même pas compliqué de...!"). D'ailleurs, vous-même savez bien que vous en êtes capable. Vous vous l'êtes prouvé à maintes reprises. Vous avez confiance en vous. Puis, insidieusement, au moment où vous vous y attendez le moins, survient ce petit grain de sable qui fait dérailler la machine, ce "trac" que vous sentez vous envahir. Parce que vous tombez sur son répondeur au lieu de votre chéri, qu'il y a plus d'invités que prévus au déjeuner familial, que vous êtes en retard (ou croyez que vous allez l'être), que vous ne reconnaissez pas la personne qui vous salue... La panique n'est jamais bien loin et peut vous prendre au dépourvu à tout instant.

Alors, vous vous sentez comment dans ma peau ?