"KO", "HS", "nase" sont des termes qui reviennent souvent dans le vocabulaire des Asperger.

Quand je suis en vacances, j'en passe, généralement, les trois premiers jours à dormir. Quand, je vais chez ma mère, je passe mon temps à dire que je suis crevée. Mon dernier ex se plaignait que le peu de temps que je passais avec lui, je le passais au lit (et pas que pour la gaudriole !). Toutes ces répétitions pour dire que l'expression "fatiguée de naissance", qui m'a souvent été attribuée, semble me convenir. Et pourtant...

Je possède une capacité de résistance, une endurance hors du commun. Je l'ai souvent démontré dans des circonstances extrêmes, au travail et quand je m'adonne à mes "intérêts restreints" :

Dans les situations catastrophiques, je garde la tête froide. Je vais à l'essentiel, je fais montre d'une énergie sans faille et reste la dernière debout quand tout le monde croule de fatigue. Au cours de mes différentes professions, j'ai été amenée à travailler 32 h non-stop, 12h par jour pendant 11 jours d'affilés et à enchaïner quelques semaines à 60h... Mes collègue disaient que je n'étais pas "humaine". A Paris, à une époque, j'ai cumulé deux emplois (un de jour et un de nuit) et des études en cours du soir (capacité en droit). A Nantes, pendant deux ans, j'ai travaillé en élevant seule mon fils tout en étant déléguée de parents d'élèves, conseillère de quartier et co-fondatrice d'une association. Je peux jouer du piano pendant 8 h sans m'arrêter, lire 3 livres par jour (là, c'est moi qui me canalise), et depuis que j'ai découvert le syndrome d'Asperger...

Après ces moments d'hyperactivité, j'ai vraiment besoin de recharger ma batterie. Le reste du temps, je suis amorphe et tout me fatigue énormément.

Quand j'étais enfant, on me disait que j'étais "lente", "mollassonne", "fainéante", "petite nature", "partisane du moindre effort". Les gens n'avaient pas la moindre idée de celui, immense, que je fournissais quotidiennement simplement pour être là, parmi eux. Il y a un sentiment que les neurotypiques redoutent mais qui m'est inconnu : l'ennui. Quand on voit le dynamisme dont je fais preuve au boulot, et que je dis que je suis restée plus de 10 ans sans travailler ni pratiquement sortir de chez moi (quand j'étais mariée) on me dit : "- Ce n'est pas possible, tu devais faire une dépression !" J'ai adoré cette période où seule, du matin jusqu'au soir, je pouvais enfin être moi et je vous assure que si je pouvais me permettre d'arrêter de travailler, je le ferais volontiers. Même quand je donne l'impression de ne rien faire ou d'être absente, mon cerveau, lui ne se repose jamais. Il est constamment en ébullition. Et quand je mène une vie sociale, c'est pire. Je passe beaucoup de temps à ressasser les évènements de la journée, à anticiper ceux du lendemain et à analyser mes rapports avec mes pairs. Je me surveille en permanence, me demandant souvent, rétrospectivement, si ce que j'ai dit ou fait était approprié. Je m'inquiète énormément de la façon dont les gens me perçoivent, pas par goût de conformisme, mais par peur d'être mal interprétée, de vexer, de chagriner. J'ai pas mal d'acquis mais je continue, tous les jours, à apprendre des choses qui sont innées chez la plupart des gens. Pas étonnant que j'aie tout le temps l'air épuisée !